Uranus dans la troisième maison

C’est l’une des positions mondaines les plus intéressantes qu’Uranus puisse occuper. Browning dit : « Notre intérêt est sur le bord dangereux des choses ». Le nombre d’accidents et d’aventures qui peuvent se produire sur le plan physique est après tout assez limité, et il y a une telle tendance à la monotonie, mais l’esprit ne connaît pas de telles restrictions. Uranus dans la troisième maison, qui gouverne principalement l’intellect, produit presque invariablement l’effet le plus extraordinaire. On peut dire que son empire est pratiquement sans limite. Il n’y aura certainement jamais d’adhésion aveugle aux conventions et dans les horoscopes qui indiquent une faiblesse générale, les nativités de personnes banales, on peut s’attendre à ce qu’Uranus représente l’excentricité de la pensée, tout comme dans l’Ascendant il représente les excentricités de la personnalité. Lorsqu’il est mal aspecté et aussi s’il n’y a pas de planètes entre lui et l’Ascendant, cette influence peut être accentuée au point de constituer de véritables troubles mentaux, voire des maladies. Mais bien sûr, de tels cas sont exceptionnels. Dans le cas moyen, cependant, il ne faut pas s’attendre à autre chose qu’à des tendances curieuses et inhabituelles de l’esprit en ce qui concerne son occupation, et aussi en ce qui concerne la manière de penser, les processus logiques étant susceptibles d’être très différents de ceux des gens ordinaires. Un exemple quelque peu extrême des effets de cette position est Sir Edwin Durning-Lawrence, qui a consacré des capacités et une énergie étonnantes au problème insensé de la paternité des pièces de Shakespeare. Mais il ne fait aucun doute que les mêmes qualités d’esprit dirigées dans des canaux plus sains auraient constitué une distinction superlative.

Nous trouvons une fois de plus un tel esprit attaché au tempérament criminel dans le cas de César Borgia, dont les intrigues se détachent au Moyen Âge avec une force écrasante . Dans toute l’histoire, il n’y a guère d’exemple équivalent de puissance cérébrale mal employée. Son imagination était immense et sa combinaison subtile et profonde.

Un autre esprit non moins extraordinaire est celui de Jeanne d’Arc. Nous avons ici une extrême simplicité et une piété de disposition, combinées à un esprit d’une portée égale à celle des plus grands voyants, et, comme il s’est avéré, à un pouvoir exécutif d’un ordre élevé. Le facteur essentiel de sa grandeur est bien sûr la qualité de l’esprit. Il y avait des centaines d’autres personnes aussi bonnes et aussi fortes, mais si elle n’avait pas été apte à appréhender l’opération des prétentions supérieures à l’intellect, elle n’aurait pas pu sauver la France. Nous voyons ici Uranus dans son meilleur avatar ; il élargit, émancipe, révolutionne. Notons aussi la formidable opposition qu’il suscite de la part des esprits non accordés à ses vibrations. Cette qualité d’inspiration, comme on peut l’appeler, est très caractéristique d’Uranus, lorsqu’il est bien dignifié, surtout par des aspects tels que le carré et l’opposition de Saturne et le trigone et le sextile du Soleil.

En matière de science, qui a été pendant le siècle dernier le principal moyen par lequel la pensée émancipatrice se manifeste sur le plan physique, Uranus est particulièrement bon et puissant. Nous trouvons Louis Pasteur et le Dr Wallace12 3 avec cette position. Il est à noter que la personnalité de ces deux hommes était tout à fait conventionnelle ; ils sont à mettre en contraste avec ceux qui ont Uranus ascendant. C’est seulement l’esprit qui a été exalté par le travail d’une manière aussi exceptionnelle. À cet égard, il convient également de mentionner Goethe, qui est en un sens le pionnier de la science. Il représente la transition ; il est le premier poète qui ait compris l’importance pour l’humanité de la méthode scientifique. Les bardes précédents ont plutôt mal supporté l’introduction de la précision. Lui, par contre, a accueilli la science à bras ouverts. Quoi qu’il en soit, le caractère extraordinaire de son esprit ne fait aucun doute. A cet égard, on peut dire qu’il n’a pas de rival. Pour le véritable observateur de l’intelligence humaine, Shakespeare et Dante semblent banals lorsqu’on les compare à lui. Leurs limites étaient celles de leur époque. Goethe était beaucoup plus cosmique que l’un ou l’autre. S’il ne comprenait pas le cœur humain aussi complètement que le premier et n’était pas un mystique aussi exalté que le second, il était cependant plus prophétique qu’eux. Il a anticipé l’esprit moderne. La même qualité d’esprit inhabituelle se retrouve chez Durer. Presque tous les autres artistes auxquels nous pouvons penser ont ce que nous pouvons appeler des relations familiales avec d’autres. Léonard, Raphaël, Michel-Ange et Rembrandt se ressemblent beaucoup plus que Durer ne ressemble à aucun d’entre eux. Il a pensé, et avec un artiste cela revient à dire qu’il a vu, d’une manière entièrement unique.

En ce qui concerne les indications moins importantes fournies par la troisième maison, Uranus n’opère pas sur une si grande échelle. En ce qui concerne les écrits, par exemple, il n’est pas susceptible de produire un effet merveilleux, sauf dans la mesure où les écrits peuvent être la cristallisation de l’esprit qui les a produits, comme dans les cas de Goethe et de Durer, car le dessin est une sorte d’écriture citée ci-dessus. Il y a plutôt une tendance à une certaine excentricité et à la supercherie. C’est peut-être à cause de cette position que le Dr Wallace, dans sa vieillesse, a repris les idées concernant l’astronomie et le spiritisme qui étaient tout à fait en désaccord avec son ancienne éminence en science.

Dans le cas de l’homme moyen, Uranus dans cette maison sera probablement synonyme de problèmes et d’ennuis. Les lettres risquent de mal se dérouler et même de tomber entre les mains de la dernière personne au monde que l’écrivain aurait souhaité. En ce qui concerne les frères et sœurs, une fois de plus, l’indication est défavorable. Dans les mauvais cas, cela peut signifier que l’un d’eux est fou ou du moins très bizarre à tous égards. Aucune sorte d’harmonie avec de telles relations n’est à prévoir, et le natif fera probablement bien de les éviter autant que possible.

Dans toutes les questions de petits voyages et de communications de nature mineure en général, il y a le même sentiment d’incertitude et d’agitation. Le natif sera probablement incapable de se reposer ; il volera d’un endroit à l’autre, ne sachant jamais où il peut se trouver d’un jour à l’autre. Il y aura toujours, aussi, des malentendus et des confusions, en ce qui concerne toutes ces affaires.

Il y a une application spéciale à ce que nous avons dit sur la qualité de l’esprit. Dans la plupart des cas, lorsque l’on se tourne vers la science ou la religion, on trouvera une fascination pour les sujets occultes. On remarquera que dans tous les cas cités ci-dessus, à l’exception de Pasteur, il y a eu une forte inclination à plonger dans l’inconnu. Dans le cas où l’esprit a été d’un calibre extraordinaire et, pourrait-on penser, si largement occupé par d’autres questions, nous pouvons supposer que dans les esprits de calibre plus ordinaire, le contenu total étant moindre, il y a plus de place pour le développement de telles idées. Cela, dans l’ensemble, ne doit pas être considéré comme entièrement heureux, car l’étude de l’occulte est toujours dangereuse, à moins que l’esprit ne soit si largement fondé sur des connaissances générales qu’il ne risque pas d’être bouleversé ou obsédé. L’attrait de l’inconnu est terrible, et à moins que le chemin de l’étudiant ne soit pleinement éclairé, il est probable que le natif suive de fausses pistes, auquel cas la vie peut être ruinée. Le chemin est étroit et la porte étroite, et rares sont ceux qui la trouvent » (6628).

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